La formation universitaire en Outaouais

Un mauvais départ

L’UQO a connu des débuts difficiles. Lors de la création du réseau de l’Université du Québec en 1968, ni le gouvernement, ni les membres du conseil des universités, ni le président de l’Université du Québec, ni même les élites politiques locales ne croyaient en la nécessité de fonder une université sur le territoire de l’Outaouais. 


C’est donc envers et contre tous que la formation universitaire commence à être offerte en Outaouais en 1970.

 

Le développement est timide : un service d’études universitaires, d’abord, une direction et un centre, ensuite. En 1981, l’Université du Québec à Hull (UQAH) est créée, et les citoyens de l’Outaouais obtiennent, finalement, comme ceux des autres régions du Québec, leur université. Les municipalités de l’Outaouais peuvent compter sur une partenaire privilégiée pour soutenir leur développement social et économique.

Des formules de financement qui minent le développement

L’UQAH, devenue UQO, demeure toutefois victime de formules de financement qui ne l’avantagent pas. Elle doit en effet accueillir un nombre croissant avec une enveloppe budgétaire fermée. 


La formule de financement est éventuellement révisée pour tenir compte de la croissance des effectifs étudiants. Toutefois, le dégel des frais de scolarité entre 1989 et 1994 entraine pour l'UQO une baisse de 25 % de ses effectifs étudiants. Ce n'est que 18 ans plus tard, soit en 2010, que l'UQO arrive à récupérer les effectifs qu’elle enregistrait en 1992.


Le mépris qu’affichent les gouvernements qui se sont succédés face aux constituantes de l’Université du Québec s’ajoute aux difficultés associées au financement du développement de l’UQO.


Conséquemment, l’UQO accuse rapidement un retard important dans le développement de ses programmes en comparaison de régions de taille similaire ou même moins populeuses (Saguenay, Estrie, Mauricie). Le retard est toujours bien réel, encore à ce jour, comme le montre le Tableau 1. 

Tableau 1 : Comparaisons des formations qui conduisent à l’obtention d’un grade, juillet 2016

  

Quand on considère l’offre de formations sous l’angle de la variété, le portrait est encore plus inquiétant (Figure 1). 


En effet, l’UQO offre des formations dans un (1) seul des dix-neuf (19) domaines d’études que compte le champ des sciences de la santé; elle n’offre qu’une (1) formation sur une possibilité de dix-neuf (19) dans le champ des sciences pures; pour le champ des sciences appliquées et du génie, six (6) formations seulement sur une possibilité de trente-six (36) dans; etc. Plus de 35 ans après sa création, l’UQO n’offre des diplômes que dans 28 des 160 domaines d’études reconnus par le Bureau de coopération interuniversitaire.

Fig 1 – Analyse des champs d’études pour lesquels des formations sont offertes à l’UQO, juillet 2016

  

Légende :  La hauteur des bâtons (axe vertical) indique le nombre de domaines d’études regroupés dans chacun des secteurs disciplinaires (axe horizontal) selon le document Classification disciplinaire selon le domaine d’études (BCI, janvier 2016). 


Les pourcentages inscrits dans la partie supérieure des bâtons indiquent la proportion de domaines d’études qui ne sont pas offerts à l’UQO. Inversement, les pourcentages inscrits dans la partie bleue des bâtons (bas) indiquent la proportion de domaines d’études pour lesquels l’UQO offre des programmes menant à un baccalauréat, une maitrise ou un doctorat (source : Annuaire des programmes selon regroupement des domaines d'enseignement et de recherche http://www.uquebec.ca/annuaire/index.cfm). 

  

Les conséquences du déficit de programmes sont directes : 


  1. les citoyennes et citoyens désireux de se former dans les domaines non offerts par l’UQO sont contraints de quitter l’Outaouais ou de débourser beaucoup plus cher pour obtenir leur formation dans l’une des trois universités d’Ottawa;
  2. l’absence de programmes de formations dans des domaines d’études donnés signifie qu’il n’y a pas de diplômés ni de recherche dans ces domaines. Les instances régionales et les entreprises souffrent de ces déficits : l’UQO ne possède pas l’expertise capable de soutenir le développement social et économique de la région.

Le sous-développement se perpétue en raison de mauvaises décisions de l’administration de l’UQO

A ce qui précède, s’ajoutent les effets délétères des décisions de l’administration de l’UQO.


Signalons tout d’abord que le financement universitaire repose pour l’essentiel sur le nombre d’étudiants (+ de 90 % des revenus). Pour augmenter ses revenus, l’UQO doit donc relever le défi d’attirer plus d’étudiantes et d’étudiants ce qui devrait se traduire par une effort de diversification de l’offre de programmes. Or, l’administration de l’UQO a plutôt choisi une autre solution : celle de la délocalisation de ses programmes existants. C’est ainsi qu’à compter de 2004, l’UQO offre des programmes à Saint-Jérôme. 


La croissance à Saint-Jérôme est rapide : à l’automne 2016, 2524 étudiants y sont inscrits, tandis que le nombre d’étudiants stagne à Gatineau (4912 à l’automne 2010; 4919 à l’automne 2016). La hausse du nombre d’étudiants à Saint-Jérôme procure des augmentations dans les revenus de fonctionnement malgré les compressions budgétaires effectuées par les gouvernements qui se succèdent. Aussi, puisque la délocalisation n’est pas « très coûteuse » - parce qu’elle est peu accompagnée de services -, elle génère des surplus substantiels.

 

Or, contre toute attente, les surplus réalisés sont engloutis dans des projets immobiliers (chemin campus Alexandre-Taché, remboursement accéléré de la dette, réserves pour projets futurs, etc.), au lieu d’être investis dans le développement et de la consolidation de programmes de formation et de recherche… 

Conclusion

Le sous-développement de l’UQO, désormais éclatée sur 2 régions éloignées (Outaouais et Basses-Laurentides), 4 campus (Alexandre-Taché, Lucien Brault, Ripon, Saint-Jérôme) et un pôle à Sainte-Thérèse (Pôle universitaire Paul-Gérin-Lajoie) est en grande partie attribuable à un mauvais départ, mais aussi à un sous-financement chronique et à de mauvaises décisions de gestion. 


Le temps est venu de réclamer une juste part pour l’UQO : une juste part pour le financement de nouveaux programmes et de ses infrastructures.


Comme l’écrivait un professeur à la retraite de l’UQO, Yao Assogba, dans un article publié le 10 février 2018, l’heure est donc à la mobilisation citoyenne. 

Le défaut de se mobiliser pourrait bien signifier que l’Outaouais devra attendre son tour… une fois de plus avant d’obtenir l’université qu’elle mérite :


L’histoire de l’Outaouais montre que c’est par la pression exercée sur les différents gouvernements du Québec et par la mobilisation de sa population que la région a pu se doter de l’Hôpital de Gatineau, du campus Félix-Leclerc du cégep et du Carrefour jeunesse emploi de l’Outaouais. C’est sans doute par une telle action collective ou un « cri du coeur » de ses dirigeants que l’UQO pourra espérer avoir gain de cause. »